Vendredi 20 janvier 2012
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Pour moi, comme pour d'autres transgenres avec qui je suis en contact, et en particulier pour J., avec qui j'entretiens une correspondance régulière et partage nos "aventures"
quotidiennes en tant que "femme" et "épouse",
vivre notre apparence féminine, que nous recherchons vis-à-vis des autres en même temps que nous ressentons notre féminité intimement en nous-mêmes, nous fait éprouver, tôt ou
tard, d'une part le "déficit" que représente pour nous notre silhouette que nous trouvons trop masculine encore, et d'autre part l'aspiration à développer des formes plus féminines, plus
con"formes" à nos vêtements et gestes quotidiens : poitrine, taille, hanches et fesses sont les parties de notre corps qui cristallisent nos rêves de changement !
Pour arriver à modifier ces formes, il n'y a qu'un seul chemin, celui d'un traitement hormonal ...
Pour disposer de ce traitement, il n'y a qu'un seul avis autorisé, celui d'un endocrinologue, sauf à recourir à l'auto-médication, choix qui comporte bien des risques et des dangers pour notre
santé !
Mais l'endocrinologue que j'ai consulté s'est considéré comme le bras "médicalisé" d'une autre expertise, en laquelle il a remis sa décision d'administrer ou non le traitement hormonal :
l'expertise d'un psychiatre, censé établir si notre envie de féminité est "saine" ou au contraire symptomatique d'un déséquilibre psychique !! !
Oui mais ... il y a des mouvements, au sein de la communauté transgenre, comme celles que veut rassembler la Fédération LGBT (Lesbiennes, Gays, Bissexuel-le-s et Trans), qui contestent
radicalement le bien-fondé de ce contrôle psychiatrique, vécu, ou du moins interprété comme tel, comme "humiliant", "infantilisant", "déniant la liberté individuelle", "érigeant le choix du genre
de chaque individu en raison d'Etat" ...
... et ce n'est pas Stéphanie N. qui démentira cette vision, Stéphanie que j'ai eu la chance, inattendue, de rencontrer à Nancy et d'entendre dans ses diatribes intransigeantes contre la
transphobie (1), aussi bien celle quotidienne que celle émanant du milieu médical, et surtout celle distillée par l'Etat à travers ses droits de décider de l'identité et du genre de chaque
citoyenne et de chaque citoyen.
(1) Stéphanie N. est à l'initiative de la création de Trans-Aides, devenue en 2006 l'Association Nationale Transgenre (ANT) : www.ant-france.eu
Adresse postale : BP 43670 • 54097
Nancy cedex / Tel : +33 (0)6 25 40 59 21 -
Courriel : info@ant-france.eu
"Stéphanie N., transgenre née homme et devenue femme après
opération, a entre autres publié un livre :"Changer de sexe" Un livre de Stéphanie Nicot et Alexandra
Augst-Merelle, publié aux éditions "Le Cavalier Bleu" (2). Elle a fait la "Une" des journaux en s'étant mariée, bien que devenue femme, avec une femme. Ce mariage lesbien n'a été possible que
parce que l'Etat lui a refusé son changement de sexe (3), et qu'elle est restée "civilement" homme.
Elle est par ailleurs la directrice artistique de
"Imaginales" , festival des mondes imaginaires (http://www.imaginales.fr/), qui a lieu chaque année à Epinal, la cité de
l'image , pour promouvoir la littératude spécialisée (fantasy, thriller d'anticipation, fantastique, contes et légendes, roman historique, bit-lit).
(2) http://www.ant-france.eu/ta2-publications/ta2-publication-litterraires.html
(3) http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/06/05/a-nancy-un-homme-ne-femme-a-pu-epouser-sa-compagne_1532175_3224.html
Certes, il ne s'agit pas pour moi de poursuivre sur le chemin du changement complet de sexe, qui passe par l'opération chirurgicale irréversible ...
Le psychiatre qui m'a entendue à 2 reprises m'a fait savoir que l'endocrinologue, selon la lettre qu'il lui avait écrite, ne comptait pas donner suite à ma demande : le psychiatre bluffait-il
dans le but de guetter ma réaction, car je n'ai pas pu voir la lettre de l'endocrinologue en question ?
Plutôt que renoncer à cette consultation psychiatrique, quand bien même je n'en ressentais pas le bien-fondé, j'ai décidé de jouer le jeu, de façon à voir comment le psychiatre allait aborder la
problématique, quelles questions il allait me poser et s'il me ferait part de ses conclusions, et si oui, quelles étaient-elles ?
J'ai été amenée à lui décrire de façon synthétique mon itinéraire dans la vie, d'enfant, d'adolescent et d'adulte, d'homme et de mari, les circonstances dans lesquelles masculinité et
féminité se sont emmêlées en moi : lors de la première séance, le psychiatre m'a demandé pourquoi je n'étais pas venue en "femme".
Je n'avais pas répondu sur le coup, mais je savais en mon for intérieur pourquoi j'avais fait le choix de rester en "homme" : en effet, j'avais lu ici ou là, cherchant à me préparer à cette 1ère
consultation et m'informant sur ce qui fait pencher la balance du côté "homme" et du côté "femme" lors de telles consultations, que nombre de personnes, s'affirmant transgenres, sur-évaluaient,
voire déformaient, leur réalité, en inventant dans leur passé de fausses circonstances de recherche de féminisation, comme porter les sous-vêtements de leur mère, ou bien exagérer leur apparence
féminine, par la gestuelle notamment.
Je n'ai pas voulu "tomber dans le panneau", à tort ou à raison, et suis donc venue en "homme" la 1ère fois ... mais la 2ème fois, j'ai décidé de venir en "femme", en affinant tenue et maquillage,
à tel point que le psychiatre a cru avoir affaire à une femme, m'a dit d'ailleurs"Bonjour Madame", et n'a réalisé la situation qu'une fois avoir lu, sur mon dossier affiché sur son écran, ce
qui y était écrit, à savoir "Monsieur" ... !!!
Voilà la tenue que j'avais choisie pour me rendre à cette 2ème consultation :
Le psychiatre m'a alors dit, de bonne foi me semble-t-il, que je donnais bien une impression féminine, ensuite que je ne semblais atteinte d'aucun déséquilibre psychique, et qu'enfin il
considérait qu'il ne voyait pas de contre-indication qui soit d'ordre psychique à ce que je suive un traitement hormonal.
Je vais donc prendre à nouveau rendez-vous avec l'endocrinologue, qui, par ailleurs, faisait état, dans la même lettre précitée que me rapportait le psychiâtre, des risques d'un traitement
hormonal (cela l'endocrinologue me l'avait dit de vive voix) : j'ai alors fait part au psychiatre que, de ma connaissance à ce jour, les risques concernent d'une part les accidents
cardio-vasculaires et d'autre part le développement de tumeur cancéreuse dans les seins, et que, par conséquent, j'étais évidemment prête à effectuer tous les contrôles et respecter tous les
suivis médicaux permettant de prévenir à temps et donc d'éviter de tels problèmes de santé.
Je suis maintenant tendue à la façon dont l'endocrinologue va assumer sa responsabilité, qu'il a, dans un 1er temps, déléguée au psychiatre, m'affirmant que son rôle ne consistait qu'à
appliquer l'avis de ce dernier ...
Sera-t-il de bonne foi ? (à suivre) ...
Sophya.
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