Article du journal « Le
Monde »
non paru en kiosque et daté du Dimanche 14 - Lundi 15 juin 2009
signé par Rosita Boisseau.
Danse : Plusieurs performances à venir, certaines interdites aux moins de 18 ans, poussent loin les expériences
autour du désir et du corps.
Festival
Trans. Théâtre de la Bastille, 76, rue de la Roquette, Paris-11e. Jusqu’au 28 juin
:
Que de strip-teases, de nudité et même de jouets sexuels actuellement sur les plateaux de danse ! Une vague de fond érotique emporte les chorégraphes et les metteurs en
scène.
Symptômes d’une société qui se met à poil dans tous les sens du terme, ces spectacles décomplexés jouent la carte « performance et sexe » sans l’ombre
d’une hésitation. Ils
déplacent même les frontières de l’art vers les cabarets et les peepshows, pour remettre le corps et ses désirs au centre du plateau.
La figure populaire de ce mouvement s’appelle Philippe Decouflé, qui signe la nouvelle revue du Crazy Horse, à Paris : dix sexy girls à découvrir en septembre. Découflé est un habitué de l’érotisme, auteur du spectacle Cœurs croisés (2007)
dans lequel on a pu découvrir des effeuilleuses pas piquées des hannetons.
Le Théâtre parisien de la Bastille accueille pour sa part, à partir du 15 juin, le Festival Trans, qui culminera le 23 juin avec la Nuit TransErotic.
«Je ne veux pas laisser l’éros au commerce, à la pub et au
fric, s’énerve le metteur en scène Jean-Michel Rabeux,
organisateur de la manifestation.
«On est envahis de pornographie avec des corps mécaniques, formatés, du sexe en plastique et du plaisir bidon. L’art doit s’occuper de l’éros. C’est même son
devoir, sa responsabilité actuellement».
« Un Presque rien », spectacle mis en scène par Elise Lahouassa, à partir de textes d’Ovide
« Encore à poil »
Jean-Michel
Rabeux n’est pas né de la dernière pluie : le sexe et son secret sont au coeur de son travail théâtral depuis vingt-cinq ans.
«Mais c’est le secret de tout le
monde», corrige-t-il. Sans doute, mais le fait
de le transformer en spectacle change la donne : en 1987, son Eloge de la pornographie lui a valu des
insultes. Il a persisté et, aujourd’hui, il n’est plus
seul dans cette veine.
« Le sexe est dans l’air du temps, d’accord,
mais il n’empêche qu’il faut se battre de plus en plus contre les interdits et la censure, assène-t-il avec
virulence.
Un constat : à Paris, comme en province, actuellement, les programmateurs rencontrent apparemment peu de
controverses.
Au contraire : l’annonce de certains spectacles dénudés remplit parfois les salles.
Parmi les invités de son festival, la comédienne Céline Milliat-Baumgartner présente Striptease, qu’elle a imaginé avec la complicité de Cédric Orain. «
Depuis2001, j’ai l’impression que les metteurs en scène me demandent souvent de jouer à poil, et j’en
ai un peu marre, s’exclame- t-elle. J’ai eu envie, du coup, de parler en mon nom et
de poser la question : qu’est-ce qui excite tant dans un strip-tease, et jusqu’où ça excite ?
»
Entre Foufoune Darling et Lili la Pudeur, l’actrice s’interroge aussi sur le métier qu’elle a choisi, son goût de
l’exhibition, sa passion de « se compromettre sur scène avec joie
». Quitte à ce que ses amis lui disent une fois de plus : « T’es encore à poil. »
Cette tendance érotique et sexuelle est surtout portée par les danseurs et
les chorégraphes. L’Américaine Ann Liv Young, les Français Alain Buffard, Yves-Noël Genod,GiselleVienne, font régulièrement parler d’eux sur le sujet. François
Chaignaud et Cecilia Bengolea se sont fait une réputation avec Pâquerette (2007). Ces danseurs, qui évoluent en duo, chacun avec un godemichet bien planté, donneront une performance fin juin dans les rues parisiennes
avec le soutien de l’association ActUp.
Pâquerette ne se contente pas d’effeuiller la marguerite mais de « faire danser tous les orifices, dont l’anus », selon ses
auteurs. « On a envie de trouver des intensités nouvelles, loin des
normes et des codes, raconte François Chaignaud. Le plateau est un espace de liberté. Les
questions du désir et du plaisir y sont chez elles. »
Pornographique ? Absolument pas, selon François Chaignaud, qui définit la pornographie comme une
« entreprise de duplication à l’infini, alors
que le désir est unique». Passé par une formation de danseur tout ce qu’il y a de classique, il déclare se sentir
proche, à sa façon, des « travailleurs du sexe engagés avec leur corps ». Les danseuses de l’opéra, au
XIXe siècle, étaient aussi des femmes légères, comme on dit, voire des prostituées occasionnelles, proies rêvées de riches messieurs qui les dévoraient du regard depuis le
balcon.
La question de la morale est rejetée par les artistes. La fameuse formule, bien commode aussi,
«l’art est au-delà de la morale» fleurit un peu partout.
«Mais il y a des limites à la
représentation de l’acte sexuel sur un plateau, nuance Alain Buffard, dont la nouvelle pièce, Self&Others, est en tournée en France.
Il ne s’agit pas d’être dans la
provocation, mais de suggérer en ouvrant l’imaginaire des
spectateurs».
Jean-Michel Rabeux affirme présenter du « hard, mais
avec délicatesse, car le choc du vivant est toujours dangereux ».
NB
: La Nuit TransErotic est interdite aux moins de 18 ans.
Festival Trans. Théâtre de la Bastille, 76, rue de la Roquette, Paris-11e. Jusqu’au 28 juin. De 10€ à 25€.
Tél. : 01-43-57-42-14. Self & Others, d’Alain Buffard. Festival d’Uzès (Gard). 16 juin.
19 heures. Tél. : 04-66-03-15-39. De 10€ à 2€.
Pâquerette, de François Chaignaud et Cecilia Bengolea, à la Malterie, 42, rue Kuhlmann, Lille (Nord). Le 19 juin
à 21 heures. Tél. : 03-20-19-18-50. 5€.
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